Valérie Newland peint la lumière diffuse, filtrée à travers les plantes, les voiles ou les interstices d’une chambre à coucher.
À coup sûr, cette chambre donne sur la mer, sur un paysage détrempé.
Ses toiles ont des tons roses, délavés. C’est un lendemain de tempête. Mer d’huile, cieux noyés : l’œil s’arrête sur ces aubes drapées de brumes bleues, il observe le lent surgissement de la couleur - ou son évanouissement. Les toiles de Valérie Newland restituent des souvenirs colorés, des impressions fugaces et suggestives.
Touche après touche, à la peinture à l’huile, elle ajoute des filtres, des lenteurs, elle superpose les encres, les matières. Le lavis crée des transparences moites, des jeux d’ombre d’une saisissante densité.
Le mouvement se fige, c’est une sérénité trompeuse et presque menaçante. Dans l’air saturé de vapeurs tièdes, on discerne les contours flottants d’un paysage. On hésite à reconnaître un corps de femme alangui dans l’ombre d’une large fleur, offrant par instants au regard ses lèvres pourpres et son sexe hibiscus.
Nous sommes face à ces toiles comme devant des tableaux orientalistes qui auraient pris l’eau à fond de cale au cours de leur voyage vers l’Europe : devenus abstraits, ils ne cessent pas pourtant de diffuser leur érotisme lent, leur exotisme sourd.

Valérie Newland choisit avec soin les tissus qui recouvrent ses œuvres, elle les tend elle-même sur ses châssis ou en fait des poupées, des totems, des masques-bouches, des masques-lettres, des têtes de mort.
Un piège est tendu, on le voit mais c’est irrésistible : on s’empresse d’y tomber.

- Texte de Manon Lutanie et Raphaelle Brin -